Vient de paraître en France le livre jeunesse "Sothik" de Marie DESPLECHIN et Sothik HOK, illustrations TIAN aux éditions Ecoles des Loisirs

Livre Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok illustrations Tian, publié à l'Ecole des Loisirs
Marie Desplechin est allée pour la première fois au Cambodge en 2014. Invitée à rejoindre Sipar par Suzanne Sevray, longtemps en charge de l’international à l’Ecole des Loisirs. Marie a suivi sur place le travail des équipes et fait la connaissance de Sothik Directeur du Sipar au Cambodge. C’est à la fin d’un séjour de trois semaines qu’ils ont décidé de travailler ensemble à ce livre, que Tian a accepté d’illustrer.

C’est un roman sur la jeunesse de Sothik qui est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente, ravagé par les bombardements américains et miné par les injustices. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent…

Sothik, de Marie Desplechin et Sothik Hok, illustrations de Tian, Disponible en Librairies et à L’Ecole des Loisirs, 96 p., 13 €. Dès 12 ans. http://www.ecoledesloisirs.fr/livre/sothik


Extrait

Aimer ma famille, c’était ma vie. J’ai lutté pour sauver mon amour, j’ai perdu. Fini de résister. À partir de ce moment, je vais me faire à l’idée que mes parents, mes frères, ça n’a pas d’importance. Ma famille, maintenant, c’est l’Angkar, l’organisation qui dirige le pays, nos vies et nos esprits. L’Angkar a tout pouvoir sur nos vies. Elle nous étouffe comme une mère monstrueuse, une ogresse qui dévore ses enfants. Nous sommes une dizaine d’enfants dans ma brigade. Le cadre qui nous dirige s’appelle So. On l’appelle l’Oncle So, il a une quarantaine d’années. C’est un homme du village, un père de famille. Par chance, il n’est pas méchant. Il ne nous bat pas, c’est déjà beaucoup. Quand il n’est pas là, l’un d’entre nous, Chan, le remplace. Chan est dur et méprisant, et pas seulement vis-à-vis de moi. Il joue le petit chef. Je le déteste. Nous perdons très vite le compte des jours. Les calendriers  ont disparu. Notre seul repère est le cycle de la lune. /…/ Tous les matins, nous marchons quatre kilomètres pour nous rendre au bord du lac. Les enfants sont affectés aux petits travaux de la rizière. Il faut construire et entretenir les diguettes qui retiennent l’eau dans laquelle pousse le riz, arracher les mauvaises herbes, aider à la moisson, ramasser le riz coupé, le lier en fagots que nous entassons sur les charrettes… Nous travaillons sous le soleil comme sous la pluie. Je ne cherche pas à éviter le soleil, au contraire. Mon nouveau projet, c’est avoir la peau bien noire. Un bon révolutionnaire se juge d’abord à la couleur de sa peau. La mienne est trop claire. On dirait un « nouveau peuple ». Pour plaire à l’Angkar, il faudrait que j’aie le teint sombre comme celui des « ancien peuple ».


LE MONDE DES LIVRES | 29.09.2016

Brèves de rentrée littéraire

Sothik, de Marie Desplechin et Sothik Hok, illustrations de Tian, L’Ecole des loisirs, « Médium », 96 p., 13 €. Dès 12 ans.

Jeunesse. L’enfant khmer rouge

C’est le récit d’un vol, celui de l’enfance de Sothik, Cambodgien né peu avant la déferlante Pol Pot. La langue est nue, sans artifices. Les faits bruts suffisent à montrer la lente descente vers l’oubli de soi. L’histoire, vraie, commence en 1967, lorsque Sothik voit le jour. Dans son village, on vit de pêche et de culture. Tout le monde se connaît. Sothik n’a jamais vu de camion et, lorsque les Khmers rouges surgissent, en 1975, il court derrière eux, enivré par l’odeur d’essence. Et puis le monde bascule. Parents et enfants sont séparés. Marie

Desplechin s’est rendue au Cambodge en 2013. Elle y a rencontré Sothik Hok, responsable de Sipar, une association qui promeut la lecture dans le pays. Il lui a confié les souvenirs de son enfance brisée. Résultat : un petit livre qui dit la peur, le lavage de cerveau, le gâchis et le repli sur soi. Car c’est dans le rapt des liens d’amour que réside la véritable horreur : comment un enfant peut-il ne plus ressentir aucune émotion pour sa mère, ignorer que l’on peut jouer, s’entraider, avoir des amis ? Le récit dissèque la mécanique de l’endoctrinement. Sothik Hok explique comment le raisonnement peut être déformé par la faim, le rabâchage, la terreur.

Les illustrations de Tian, dessinateur franco-cambodgien et auteur des trois tomes de L’Année du lièvre (Gallimard, 2011-2016), bande dessinée dans laquelle il raconte la fuite de ses parents à la même période, ne sont jamais redondantes : elles ouvrent des portes sur des détails, le décor, incarnent la débâcle. Rien de sanglant, au final. Seulement ce sentiment tenace que la barbarie a mille visages, y compris celui du sauveur. Marie Pavlenko

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2016/09/29/breves-de-rentree-litteraire_5005323_3260.html#ZxW3M3XB5dy57QUK.99

 

 

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